Maîtres

François Rabelais

François Rabelais

Grand maître incontesté de la verve et de la dérision, François Rabelais est, au sein la littérature française, dans une classe à part. Ayant fait des études de médecine aux frais d'une congrégation religieuse, il défroque et mène une vie de débauche qui a sans doute inspiré ses personnages de Pantagruel et de Gargantua. Génie paillard, il rénova la langue française alors naissante en créant pas moins de 50 000 néologismes, formant un vocabulaire et un imaginaire d'une richesse inégalée puisant ses sources dans la culture populaire et carnavalesque de l'Europe du XVIe siècle. Homme de vaste culture, il s'attacha néanmoins à traîner dans la boue les canons humanistes de bon goût et d'érudition pour mettre de l'avant une esthétique dérisionnelle et critique qui reste une référence pour quiconque cherche à abattre le conservatisme inhérent à toute époque.

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Alfred Jarry

Alfred Jarry

Fondateur de la 'Pataphysique, Alfred Jarry reste, à plus d'un siècle de distance, une figure des plus singulières de la littérature occidentale. "Dernier des débauchés sublimes", le père d'Ubu et de Faustroll a su, durant sa brève mais fulgurante existence, poser les jalons d'une pensée désenclavée du triomphalisme positiviste de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, renversant les canons esthétiques et bousculant les convenances par une verve sans pareille dans ses excès et son éclatement, ouvrant des voies qui seront reprises par les principaux mouvements artistiques du début du siècle (futurisme, dadaïsme, surréalisme). Résumer l'oeuvre ou le personnage de Jarry ne serait pas lui rendre justice, alors autant taire toute louange mielleuse pour ne garder que le tronc dur de l'érection subversive face aux préciosités coincées d'une époque depuis longtemps coupée des sources vives de la création (que nous formulons nous-mêmes à travers le tryptique verbe-verve-verge) et du délire à tous vents.

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Boris Vian

Boris Vian

Génie fulgurant et touche-à-tout, Boris Vian laissa une empreinte indélébile dans la littérature et l'imaginaire de l'après-guerre. Sans doute la figure la plus singulière de l'époque de Saint-Germain-des-Prés, Bison Ravi se fit d'abord ingénieur, pui trompettiste, romancier outrageusement amoral (Cf. J'irai cracher sur vos tombes et le procès pour atteinte aux bonnes moeurs qui s'en suivit), critique de jazz, de cinéma, chansonier, poète, etc. Auteur d'une oeuvre empreinte de fantaisie, mais aussi d'une sensibilité et d'une mélancolie frappantes, Vian s'adonna de façon prolifique à environ tous les genres littéraires, gardant partout un cynisme tranchant qui fit la marque d'une pensée in-enclavable. Grand collaborateur du Collège de 'Pataphysique, il en marqua - sans être seul - un certain renouveau, ou plutôt un élan, qui allait orienter les travaux de celui-ci pour des années à venir. Atemporel, Vian reste sans cesse à découvrir, chaque dimension de son oeuvre ajoutant à un imaginaire - et un personnage - tout aussi complexe que fascinant.

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Jacques Ferron

Jacques Ferron

Il est de ces auteurs d'une profonde humanité qui - un peu comme Céline mais dans un tout autre registre - expriment le noeud de l'expérience humaine avec un détachement souvent empreint de crudité. Médecin lui aussi, Ferron - d'éducation et de culture "aristocratique" (il est un camarade de PET à Bréboeuf) - travailla toute sa vie dans les quartiers et régions les plus défavorisés du Québec. En vient un imaginaire et une appréhension du monde teintée d'humanisme rude, parfois délirant et puisant dans la culture populaire des figures légendaires revampées au contexte urbain (disons les faubourgs) contemporain. Fondateur du Parti Rhinocéros, Ferron est épistolier et ironique, grand amateur de commérages et s'attaquant à la bêtise politique sur le mode de la dérision, utilisant la plume (lettres ouvertes, et parfois personnelles) afin de poufendre la mécréance et la bêtise qu'il voit également réparties au sein du spectre politique. Sans doute le plus grand des écrivains mineurs qu'ait produit le Québec, Ferron reste une inspiration pour toute verve prétendant à la liberté cynique des satyres se refusant à la seule existence - et pensée - productive.

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