La Grande Université 'Pataphysique

Le projet d’une Grande Université ‘Pataphysique s’inscrit dans une démarche tout acabits de dérision des structures institutionnelles, dans ce cas-ci académiques.  C’est ainsi que, pour bien montrer à quel point la ‘Pataphysique dépasse toute réflexion, fut-elle métaphysique, j’ai choisi le qualificatif de « Grande » pour qualifier l’Université ‘pataphysicienne vis-à-vis des universités savantes et techniques, un peu comme la Grande Bibliothèque surpasse toutes les autres, tant dans sa mission que dans son envergure.

La mission de la Grande Université comporte d’abord la tâche de faire rayonner la ‘Pataphysique en terre d’Amérique, afin de rehausser le niveau et les potentialités du discours érudit et réflexif tel que pratiqué dans les institutions académiques.  Dans cette optique, la mission de la Grande Université se rapproche de celle du vénérable Collège de ‘Pataphysique, dont elle n’entend cependant évidemment pas prendre la place, ni le concurrencer d’aucune façon.  Il s’agit plutôt de fonder une antenne voyante et permanente à la réflexion ‘pataphysique sur ce continent, un relais et un pôle de développement tout à la fois.

C’est pour ce faire que la Grande Université ‘Pataphysique instaure dès aujourd’hui ses propres HEC (Hautes Études Conardes).  En plus d’établir un cursus complet, les HEC se voudront aussi, voire d’abord, un lieu d’avancement de la recherche, de réseautage et de bouillonnement fébrile entre chercheurs et élus.

On l’aura maintenant compris, la mission de la Grande Université recouvre tout un champ de subversion institutionnelle se posant en porte-à-faux avec les méandres des institutions académiques actuelles.  Tant dans son enseignement que dans son volet de recherche, la Grande Université se veut donc une libération cathartique de la pensée institutionnalisée, détournant les moyens et structures de cette dernière afin d’en mieux montrer la sclérose et la platitude (voire l’insignifiance) dans la sur-spécialisation.

Université par-delà toutes les autres, la Grande Université ‘Pataphysique se veut un retour à l’essence première des regroupements médiévaux d’intellectuels qui voulurent se donner, par eux et pour eux, un espace de réflexion et de débat libre de toutes contraintes.  Regroupant les Rabelais, Villon et autres paillards lucides de ce monde, la Grande Université éclairera de sa verve vaillante et aguerrie la grande ombre qui menace toujours, voire de plus en plus, de recouvrir l’espace incertain du gai savoir et du rire sans équivoques.

Castor Conard